Que de souffrances dans la vie ! Nul pays, nulle époque ne sont épargnés. C'est un fait : nous naissons, vivons et mourons dans la douleur. Et même si nous n'éprouvons pas de douleur nous-mêmes, nous en causons aux autres. Il est dans la nature même de la vie de créer de la douleur. Il ne peut pas y avoir de vie - telle que nous la connaissons - sans douleur.

Voilà pour la réponse philosophique à la question. En thérapie, la réponse psychologique est différente ; elle correspond à la question réellement posée par le patient : "Pourquoi ne puis-je accepter les souffrances de la vie ?" ou encore : "Pourquoi ai-je tant peur de souffrir ?".

Le modèle activiste cité dans le chapitre précédent n'apprend pas à accepter les choses de la vie. Au contraire, il proclame que l'on arrive à tout en faisant plus et mieux. Il enseigne ceci :

1. Nous sommes maîtres de notre destin et par conséquent responsables de ce qui nous arrive, à nous et à notre environnement immédiat.

2. Si nous souffrons, c'est que nous avons fait quelque erreur.

3. Si les gens qui nous entourent souffrent, il y a certainement quelque chose à faire pour que cela cesse.

Le modèle ontologique a également été appelé le modèle de l'acceptation. Pour ceux d'entre nous qui ont été élevés dans le cadre du modèle activiste, l'acceptation est probablement une des choses les plus difficiles qui soient. Accepter la souffrance représente un défi titanesque.

Paradoxe : dès que nous acceptons le fait que nous sommes susceptibles de causer de la souffrance, délibérément ou pas, nous causons moins de souffrances inutiles. Dès que nous acceptons notre impuissance à diminuer les souffrances du monde, notre propre souffrance diminue.

Le héros accepte la souffrance, sait qu'il ne peut rien y changer, mais continue contre vents et marées à faire de son mieux. Le héros fait de son mieux pour lui-même, dans l'instant présent, tout en connaissant et en éprouvant la souffrance ; mais il n'en devient pour autant ni cynique, ni désemparé, ni paralysé par la peur de la souffrance. Mieux, il avance dans ce monde plein de souffrance sans la comprendre : il n'éprouve pas le besoin d'expliquer la souffrance ni de justifier de son innocence. Le héros cultive nécessairement l'estime et soi et l'intégration sociale.

Pour arriver à cela, il faut être capable d'accepter cette vérité : la souffrance fait partie de la vie.

Susanna Mc Mahon