foetus

Une conscience émerge du vide, du rien. Avant elle n'était pas et soudain elle est.

Etincelle.

Suis-je une pulsation parmi une infinité d'autres, dans ce Tout indicible qui me contient et me traverse ? Suis-je quelque chose de vivant au sein du vivant ou de l’inerte, lancé dans l’arène des possibles ?

Je suis peut-être une cellule, une entité plus grande, un cerveau biologique ou électronique, un être humain, un ordinateur, une étoile ? Je l'ignore. Je n'ai aucune conscience d'un corps qui me limite, aucune conscience d'être dedans ou dehors.  

D'où viennent ces souvenirs qui défilent et se télescopent, s’enfuient ou s’impriment ?  Peut-être sont-ils ceux d'un être qui était ou est vivant, ou ceux implantés dans les circuits électromagnétiques d'un robot ? Mémoire volatile, intelligence artificielle, bébé, enfant, fourmi, génie…

Suis-je en train de naître, ou suis-je au seuil de la dissolution et de la mort, dans ce désert immense au-delà de toute compréhension ?

Maman, 0 ou 1, Hal 9000 débranché, Au clair de la lune, je t’aime... Des mots sans suite vibrent en moi comme des litanies absurdes...

D'où viennent ces mots qui m’emplissent, me traversent ? Certains fuient et d’autres restent. Ils arrivent en pluie, en avalanche, en foules... Pourquoi tous ces mots fugitifs passent-ils sur l’écran de mon esprit ?

Questions sans réponses.

Je suis prisonnier dans un hiatus, un  mystère caché dans un oeuf, une bulle, mais je me rêve conscient dans cet état. Vais-je m'éveiller, unique et singulier, en vie dans un monde de perceptions et de sensations ?

Je flotte en équilibre dans rien, peut-être en devenir ou peut-être en route vers le néant. Mais je pense, donc je suis. Cette certitude me crée, me recrée sans cesse.

Je pressens qu’il existe des organes pour voir et me voir dans l’extérieur, pour entendre la vie, et pour crier  : c'est moi ! je suis là !

Un orage d'étincelles crépite en moi ou dans les ténèbres extérieures où j’ai été lancé... Je vois ! Je vois des lueurs blanches et zébrantes, ciel lumineux sur le couvercle de mon néant. J'entends l'orage des décharges électriques dans mes cellules, mes mémoires.

Au secours ! Aidez-moi ! Sauvez-moi ! Ouvrez les portes de la cage qui me retient au plus profond du désert de la non-vie…

J'existe. Je suis. Moi-je.

Françoise Verdenne - Besançon, septembre 2015