Fugues

Pour fuir le quotidien quand il devient trop pesant...

12 mai 2009

Le canard

Pourquoi appelle-t-on un journal un "canard" ?

Ce mot a la même origine que "cancan" et "cancaner". Mais en fait, on devrait écrire "quanard", "quanquan", "quanquaner"...

Ce mot vient de "quanquan", une conjonction latine qui revenait souvent dans les harangues scolaires en latin, et qu'on a fini par utiliser pour désigner les dites harangues...

En 1600, le "quanquan" de collège a désigné le bruit fait autour d'une nouvelle, le commérage.
En 1750, le mot "quanard" ou "canard" a désigné la fausse nouvelle et également la fausse note.
Et en 1840, "canard" désignait une feuille volante, un mauvais journal...

Posté par Leirisanne à 20:42 - Langue française - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 avril 2009

Un monde parallèle

Comme tous les matins, Mouss, mon chat, vint m’effleurer la joue de son nez humide et de ses moustaches. J’émergeai subitement d’un profond sommeil où je m’enlisais dans un rêve sans forme. « Fous-moi la paix ! » grommelai-je en me retournant de l’autre côté et je glissai à nouveau dans les brumes sombres et ouatées de mon cerveau. Un petit miaulement quémandeur, un ronronnement me réveilla à nouveau. « Il veut sortir » pensai-je. « Si je ne le sors pas, il va m’empêcher de dormir jusqu’à ce que je le fasse… ». J’ouvris les yeux. Le réveil indiquait 5 heures 20. En soupirant, je roulai sur le côté, enfilai rapidement mon jogging et me dirigeai vers la porte où Mouss m’attendait déjà. Il descendit les marches à toute allure et je le rejoignis à l’entrée de l’immeuble. J’entrouvris la porte, Mouss se faufila dehors et disparut. J’allais remonter chez moi en pensant avec délice à mon lit encore chaud quand une impression d’étrangeté me figea sur place. Qu’est-ce que c’était ? L’odeur. Ce n’était pas l’odeur habituelle. Je vivais à proximité du quai et j’étais habituée à l’odeur d’eau croupie qui se dégageait de la rivière, mêlée aux odeurs de bitume, de gaz d’échappement et aux relents de graisses provenant du Kebab d’à-côté. Mais ce matin, ça sentait… la nature ! Une odeur légèrement marine montait de l’eau et se mêlait à des senteurs d’humus, de fleurs, de feuilles qui me ramenaient à mon enfance. J’eus la vision fugitive d’un pique-nique en forêt, au bord de la Rêverotte… Aurait-on lavé la rue, l’atmosphère, le ciel pendant la nuit ? Je pris alors conscience d’une autre étrangeté. Le bruissement de l’eau et un léger clapotis remplaçaient la sourde rumeur de la ville rompue par les bruits de klaxons, de claquements de porte, de voix, de moteur ou de freinage qu’on entendait d’habitude. Cela m’intrigua tant que j’ouvris tout grand la porte pour avancer sur le trottoir.

J’étais dans un lieu étrange et sombre. Autour de moi, je devinais des buissons, des arbres et une brise légère me caressait le visage… Mais où était la rue ? Les réverbères ? Les quais ? La ville ? La ville avait disparu ! L’angoisse me nouait la gorge, le sang cognait à mes tempes et mes jambes se mirent à trembler. Je me retournai vers mon immeuble, mais il avait disparu dans l’ombre informe qui m’environnait. Une route venant de nulle part se perdait au loin dans une sorte de clair-obscur souligné par la rivière d’argent. A ma droite, la silhouette familière du Rosemont se détachant sur un ciel encore sombre et piqueté d’étoiles me rassura, car avec la rivière, il m’indiquait que j’étais toujours chez moi. Indécise, je restais debout, là, le cœur battant et les jambes en coton, effrayée à l’idée d’avancer sur cette route, vers l’inconnu, mais craignant plus encore de rebrousser chemin vers l’obscurité qui avait englouti mon immeuble. Peu à peu, le calme ambiant commença à agir sur moi et mes idées s’éclaircirent. Il n’y avait pas que moi dans cette ville, et ce qui m’était arrivé avait bien dû arriver aux autres, ou leur arriverait bientôt. Par conséquent, tout le monde allait essayer de se regrouper quelque part, c’est ce qu’on fait en général dans les films de science-fiction… Mais se regrouper où ? Je considérai la route. « Une route, en principe, ça mène quelque part ! » me dis-je, en toute logique, et après un ultime coup d’œil derrière moi pour m’assurer qu’il n’y avait pas de retour possible, je me mis en route.

J’approchais de l’endroit où la rivière contournait le Rosemont, attirée et intriguée par une lueur que je voyais au loin sur l’autre rive, lorsque j’entendis marcher dans ma direction. C’était le boulanger et son épouse, aimable et souriante, qui me servait mon pain tous les matins dans la boutique odorante et proprette de mon quartier. Je les interpellai en disant « Bonjour ! Savez-vous ce qui se passe ? ». La boulangère regardait dans ma direction mais elle ne me répondit pas. Peut-être ne m’avait-elle pas entendue, pensai-je en ajoutant : « Où mène cette route ? Et qu’est-ce qu’il y a, de l’autre côté de la rivière ? ». Sans s’arrêter de marcher, son mari prononça quelques mots que je ne compris pas, et ils poursuivirent leur chemin, me laissant plantée là avec mes questions, comme si je n’existais pas. Décontenancée, je me demandais que faire… Ils n’avaient pas dû me voir. Est-ce que je ne devrais pas les suivre ? Ils avaient l’air de savoir où aller ? En même temps, j’avais très envie de savoir ce qu’était cette lueur que je voyais là-bas, depuis un moment. Hormis l’étrangeté de tout ce qui m’arrivait depuis que Mouss m’avait tirée du lit, la balade était très agréable. Il ne faisait pas froid, et l’air frais et vif m’apportait toute sorte d’odeurs végétales que j’avais oubliées. J’angoissais un peu à l’idée de ne pas retrouver l’univers qui était le mien mais en même temps, j’étais très excitée par l’aventure que j’étais en train de vivre. Cela faisait longtemps que je croupissais dans mon train-train quotidien et quelque part, je me sentais renaître… « Après tout, ça ne me coûte rien de continuer un bout de chemin, je pourrai toujours revenir en sens inverse plus tard », pensai-je, et je repartis donc sans plus d’hésitations. Après quelques minutes de marche, j’arrivai presque en face de cette chose bizarre que je voyais luire depuis un moment. Il s’agissait d’un bâtiment éclairé, dont le toit en forme de dôme ou de coupole dépassait du bosquet d’arbres qui l’environnait. Encore quelques mètres et je pourrais le voir en entier. Je pris un petit sentier qui descendait vers la rive et au détour de ce sentier, je le vis enfin dans toute sa splendeur. C’était une énorme boule de cristal luminescente, d’une blancheur nacrée, qui nimbait d’une douce opalescence tout le paysage environnant. On aurait dit que la lune était descendue sur terre et ce spectacle transporta tout mon être. Je descendis encore un peu pour atteindre le bord de la rive et à ce moment, je vis se matérialiser devant moi une légère passerelle de cristal. C’était féerique, j’avais l’impression de vivre l’un de ces contes que je lisais étant enfant... Prudemment, je la testai du pied, m’attendant à moitié à la voir disparaître tel un nuage, mais elle était bien là, et bien solide. Encore un peu craintive, je m’engageai dessus et traversai lentement la rivière. Au-dessous de moi je devinais plus que je ne les voyais les eaux sombres et menaçantes, et il me semblait glisser sur un rayon de lumière au-dessus d’un gouffre insondable. Cela me donna une étrange et profonde impression d’éternité. J’atteignis enfin l’autre rive et je vis, de part et d’autre de la boule, des gens qui, comme moi, s’en approchaient. Il me vint alors l’idée saugrenue de voir des spermatozoïdes s’approchant de l’œuf à féconder et cette pensée me remplit de gaieté… Je me tournai vers la boule, ne sachant trop que faire, lorsque je vis la paroi s’effacer devant moi. Malgré mon appréhension, j’entrai sans hésiter, tellement était forte la fascination que cette chose exerçait sur moi.

Je me tenais à présent dans une grande salle circulaire entièrement faite de miroirs, sauf que ces miroirs ne reflétaient pas mon image. Après quelques secondes, ou peut-être des heures car j’avais perdu toute notion de temps, les miroirs commencèrent à s’animer. Dans une sorte de brume chatoyante, je vis danser des éclairs, des lueurs, des arcs-en-ciel, des feux d’artifices. Puis ces couleurs se stabilisèrent et je vis apparaître un paysage bleu-vert, clair et lumineux, que j’avais l’impression de survoler : des montagnes, des vallées peuplées d’étranges animaux, des lacs et des rubans de rivières bleues… puis tout me devint familier, et je reconnus ma ville sous la protection bienveillante et séculaire du Rosemont. Mais elle était différente. C’était une cité ancienne beaucoup plus petite, aux rues pavées, dont les bâtiments de pierres taillées beiges et bleutées s’ornaient de sculptures, de colonnes, d’arcades et de statues. Là s’activaient des gens vêtus de tuniques, de braies, de blouses ou de toges, parlant une langue que je ne connaissais pas, portant ou utilisant des outils ou des objets très anciens, dont certains m’étaient totalement inconnus. A proximité de l’endroit où j’habitais, se trouvait un immense bâtiment circulaire à ciel ouvert, sans doute un amphithéâtre ou des arènes. Des hommes vêtus de cuir et de métal, armés de fer, parfois montés sur des chevaux, entraient ou sortaient de ce bâtiment. J’avais l’impression d’être dans un grand péplum… Mais ce qui me surprenait le plus, c’était que tous ces gens faisaient partie de mon quotidien : je reconnaissais mes voisins, mes amis, ma famille, les commerçants de mon quartier, les vendeurs des marchés et des brocantes, et les SDF qui faisaient la manche en bas de ma rue... Puis les images défilèrent de plus en plus vite, comme dans un film en accéléré. Je vis les beaux bâtiments romains se défaire, tomber en ruines, puis laisser la place à de pauvres bâtisses en bois, de riches demeures ou de grandes cathédrales. Je vis des incendies détruire des quartiers entiers et des hommes les reconstruire. Je vis des guerres, des tempêtes de neige, des inondations, des tremblements de terre… Je vis les vêtements changer, les objets et les outils se spécialiser… mais les acteurs de ce film étaient toujours les mêmes. Avec le paysage, ils étaient les seuls à ne pas changer. Enfin, le rythme se ralentit et je vis ma ville et ses habitants tels que je les connaissais aujourd’hui. Je sus alors, comme si je venais d’en avoir la preuve, que nous étions toujours les mêmes, gens d’aujourd’hui ou gens du passé, nous avions vécu ensemble toutes ces vies… Nous étions éternels. Chaque vie n’était qu’une étape, et la mort n’était qu’une porte s’ouvrant sur une nouvelle étape.

Et je compris alors que je venais d’ouvrir cette porte.

 

 

 

 

 

Posté par Leirisanne à 17:38 - Ecrits divers - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Couleurs et lumière

fv_00048


L'homme a ce choix : laisser entrer la lumière ou garder les volets fermés.

Henri Miller

Posté par Leirisanne à 17:36 - Mes photos et mes dessins - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 janvier 2009

La marraine

Comme ma grand-mère était aussi la marraine de mon frère, toute la famille l’appelait « la marraine ». Elle était grande et sèche, pas vraiment maigre cependant. Qu’elle soit debout ou assise sur une chaise, elle se tenait toujours droite comme un I. Son visage était blanc et ridé, ses cheveux poivre et sel, toujours soigneusement bouclés, sa voix toujours sèche et coupante. Son menton était hérissé de poils noirs et durs qu'elle usait en les frottant à l'aide d'un petit coussinet de cuir chamoisé. Elle portait des lunettes à double foyer, cerclées de métal, qui tombaient au bout de son nez qu'elle avait droit et bien proportionné. Ses yeux étaient vifs, scrutateurs et sourcilleux. Autrefois marrons, ils étaient maintenant délavés comme un ciel d'avril. Ses lèvres, sans couleur aucune, petites et pincées, laissaient souvent tomber un "plaît-il ?" dédaigneux, signifiant qu'elle ne vous avait pas compris, ou plutôt, qu’elle préférait ne pas vous comprendre… Elle s’exprimait d’ailleurs, en toute circonstance, dans un français très châtié. Elle était toujours vêtue de noir et aimait s'asseoir dans son vieux fauteuil Voltaire, près de la fenêtre, parfois brodant, parfois lisant. Elle aimait lire et sa bibliothèque était remplie de romans d'amours ou d'aventures, la plupart très usés mais soigneusement réparés, recouverts de papier marron, leurs titre et auteur annotés à l'encre violette sur la page de couverture.

Très économe, elle prenait garde à tout ce que la famille utilisait ou mangeait, récupérant ce que d'autres auraient jeté, retournant les couvertures usagées, cardant la laine, cueillant à la bonne saison les fleurs de son tilleul, le cumin et les pissenlits dans les champs, les mûres, framboises et prunelles dans la forêt pour ses confitures et son alcool-maison, les noisettes, les fruits de nos arbres fruitiers, cultivant en outre tout ce qu'elle pouvait : carottes, salades, haricots, fraises et groseilles, persil et ciboulette... Elle élevait des poules et des lapins, ainsi qu'un gros chat noir et blanc qu'elle enfermait toutes les nuits au grenier pour attraper les souris qui menaient la sarabande au-dessus de nos têtes.

Cela faisait bientôt trente ans qu'elle dirigeait seule, quasiment à la baguette, les dix ou douze personnes de la maison.

Parfois, assise dans son fauteuil, elle ouvrait sur ses genoux une volumineuse et ancienne Histoire de France cartonnée. Je m'asseyais alors sur le petit banc de bois où elle avait coutume de poser ses pieds, et elle me racontait l'histoire de Frédégonde et de Brunehaut ou me lisait la vie du bon roi Saint-Louis. Souvent, elle s'interrompait et se mettait à rêver. Ses yeux me regardaient mais ne me voyaient plus. Vers quels souvenirs, vers quel passé à jamais disparu s'envolait-elle ainsi ? Elle semblait soudain tellement vulnérable !

Un jour elle se leva, me prit par la main et m'emmena à l'étage devant la bibliothèque. Ses vieux doigts agiles volaient d'un livre à l'autre, lissant le dos de celui-ci, caressant celui-là avec amour. Elle en sortit un, plus mal en point que les autres.

"La Guerre des Boutons... C'est Louis Pergaud qui a écrit ce livre. Je l'ai bien connu, c’était le fils de l’instituteur". Son vieux visage s'éclaira. Elle sourit et ses yeux pétillèrent. "Tu vois, il est devenu écrivain. Il a écrit ce livre, et cet autre, là, et encore celui-là. Quand tu seras un peu plus grande, tu pourras les lire". Puis sa voix se cassa et, surprise, je vis une larme perler au bord de sa paupière. Elle soupira très fort : "Il est mort bien jeune, à la guerre, il y a très longtemps... Et mon frère Emile aussi...".

Ce jour là, je réalisai avec stupéfaction que les livres ne poussaient pas comme des légumes dans les bibliothèques, mais qu'ils étaient écrits par des gens et que ces gens avaient été des enfants, avec des rêves plein la tête, des rires dans les yeux et des chansons sur les lèvres... et que la vieille dame avait un jour été une petite fille avec des nattes qui, comme moi, aimait courir dans les champs.

Leirisanne

Posté par Leirisanne à 19:31 - Ecrits divers - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 janvier 2009

Instant de vie

Le juke-box jouait une valse de Vienne dans le petit bar où j’attendais patiemment mon train devant un café. Un serveur en costume noir et tablier blanc s’affairait dans la salle, portant en équilibre précaire des plateaux surchargés, fouillant dans la poche de son gilet pour rendre la monnaie à une table, ou utilisant le tire-bouchon au comptoir pour ouvrir la bouteille qu’un client avait commandée… A ma gauche, un groupe d’adolescentes échappées de leur collège faisait un bruit de basse-cour assourdissant, et sans que j’arrive à comprendre pourquoi, elles gloussaient à chaque passage du pauvre serveur dont l’impassibilité faisait mon admiration. D’où vient ce rire pointu et nerveux que les adolescentes laissent fuser à toute occasion ? Autrefois, j’avais sans doute été comme elles… Quelle bénédiction cette légèreté et cette non-conscience du ridicule ! Je les enviais, moi qui cherchait en toute occasion à garder le contrôle, au risque de perdre tout naturel et toute spontanéité...

Je repris la lecture de mon livre sur Staline, annotant de mon crayon-papier les passages que, de retour chez moi, je me proposais de recopier pour enrichir le document sur la Russie, toujours en chantier sur mon ordinateur, que je destinais à mes élèves. Il me fallait vraiment aller de l’avant, si je voulais le terminer avant la fin du trimestre ! Je commençais à m’enliser tout doucement et avec ennui dans la politique extérieure stalinienne en Asie après la deuxième guerre mondiale, lorsque j’entendis deux hommes se quereller à l’autre bout de la salle. Ils parlaient si fort que tout le monde leva la tête pour les regarder avec curiosité et qu’un grand silence se fit dans la salle… « Pauvre con ! Tu f’rais mieux d’mettre les bouts si tu veux pas que j’te foute une peignée ! ». L’homme qui se tenait derrière le bar, sans doute le patron, marcha rapidement vers eux et leur demanda avec autorité de se calmer ou de partir. L’un des deux hommes se leva et dit, en lançant quelques pièces sur la table « J’me barre ! Il est trop nul ! Toute façon, j’ai la dalle ! ».

Je repris ma lecture avec un soupir, mais à ce moment-là, un couple en grande conversation entra dans le bar et vint s’asseoir à la table à côté de la mienne. Ils parlaient avec animation de sous-traiter la fabrication des objectifs antireflet des longues-vues étanches que leur entreprise produisait, et je me dis qu’il y avait bien pires métiers au monde que d’étudier la politique extérieure de Staline !… Cette pensée me réconforta quelque peu. Un coup d’œil à ma montre m’apprit qu’il était enfin l’heure pour moi de me rendre sur le quai, mon train allait entrer en gare. Je rassemblai mes affaires et je sortis dans la grisaille humide de cet après-midi de novembre.

Leirisanne

Posté par Leirisanne à 16:43 - Ecrits divers - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 janvier 2009

A la manière de... Devos

On aura tout vu !


Cette nuit, j’ai pas fermé l’œil.

Enfin, quand je dis « pas fermé l’œil »… j’en ai bien fermé un, mais c’était pas le bon.

C’était le mauvais œil.

Je lui ai ordonné de rentrer dans sa coquille, mais il a fait la sourde oreille. Alors je l'ai surveillé du coin de l’œil toute la nuit, et j’ai fini par tourner de l’œil...

C'est pour ça que ce matin, j’ai plus les yeux en face des trous !


Comme j’avais des courses à faire, je suis sortie quand même, mais je n’y voyais goutte et en traversant la rue, j’ai failli me faire renverser par un automobiliste. Il s’est mis en colère :


- Vous pouvez pas regarder où vous mettez les pieds ?

- C’est difficile, j’y vois pas plus loin que le bout de mon nez.

- Dans ce cas, chaussez des lunettes !

- A quoi ça servirait, puisque j’ai pas les yeux en face des trous ?

- Continuez comme ça et vous irez droit dans le mur !

- Y’a un mur ? Ou ça ?

- Non, je disais ça comme ça, pour vous mettre en garde, vous ne passerez pas toujours entre les gouttes !

- Ah bon, vous m’avez fait peur, j’ai pas envie, en plus, de me cogner la tête contre le mur !

- Ça vous remettrait peut-être les idées en place ?

- C’est pas mes idées qu’il faudrait remettre en place, c’est mes yeux ! Vous ne voulez pas me prêter main forte ?

- Quoi ! Vous voudriez me mettre à contribution !

- Ça serait vraiment sympa de votre part de m’aider, ça m’enlèverait une belle épine du pied !

- Décidément, vous n’avez pas froid aux yeux, vous !

- Non, de ce côté-là, ça va, merci, ils sont bien à l’abri.

- Vraiment, j’en crois pas mes oreilles !


Il était dans tous ses états. J’ai pas voulu insister. Il est remonté dans sa voiture et il a démarré sur les chapeaux de roues.


Et moi j’ai continué ma route les yeux fermés…


Leirisanne

Posté par Leirisanne à 16:10 - Ecrits divers - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 janvier 2009

L’Etoile du Berger

« Contrairement à ce qu'on peut penser,un simple regard peut percer le fond des puits et nous sauver. » Hafid Aggoune

J’avais quatre ans lorsque mes parents entamèrent leur procédure de divorce. A cette époque, je vivais, aimée et choyée, chez mes grands-parents paternels. Un an plus tard, maman obtint ma garde et me confia à sa mère. Je ne connaissais pas ma grand-mère maternelle, n’ayant jamais approuvé le mariage de sa fille, elle ne l’avait pas revue depuis cette date.

Je ne me souviens pas de mon arrivée dans la maison de ma grand-mère. Mon premier souvenir dans ce lieu est celui d’une grande chambre avec deux lits, deux femmes couchent dans un lit et moi dans l’autre avec une très vieille dame qui dort la bouche ouverte. Une mouche vole, vient de temps à autre se poser sur sa joue ou son nez et j’attends en riant intérieurement le moment où la mouche entrera dans sa bouche…

Ensuite, mes souvenirs tournent au cauchemar…

Je suis à la cuisine, devant ma grand-mère et sa bonne, comme si j’étais en jugement. Les petits yeux pleins de malice de ma grand-mère, sa bouche déformée par un rictus et une lippe dédaigneuse, sa tête rejetée en arrière, son double-menton réprobateur, ses épaules levées, tout en elle dégouline de mépris alors qu’elle me considère de toute sa hauteur. Elle me dit que je ressemble à mon père, que je ne vaux pas mieux que lui, que je ne ferai jamais rien de bien dans la vie. A ces mots, Madeleine, la bonne, se met à rire, et je sais qu’elle fait cela uniquement pour flatter sa maîtresse. Tête levée, je regarde ma grand-mère avec rancune et me retiens de pleurer, elle serait trop contente !

Je suis assise à la table de la cuisine devant mon assiette, elle a attaché mon bras gauche au dossier de ma chaise, elle veut que je mange ma soupe de ma main droite, mais je refuse. Elle me frappe, je refuse encore. Elle me menace de me mettre à la cave, je refuse toujours, obstinément.

Elle m’a enfermée à la cave, il y fait nuit noire, je suis assise, recroquevillée sur les escaliers, le plus près possible de la porte. J’ai peur, j’ai vu plein de toiles d’araignée quand elle a ouvert la porte pour me pousser dedans. J’ai très peur des araignées ! Soudain, je sens quelque chose effleurer mon visage, je panique, je frappe la porte avec mes pieds et mes poings en hurlant, mais personne ne vient.

Ce soir je n’ai pas voulu manger l’omelette, l’odeur de graisse me soulevait le cœur. Alors elle m’a envoyée au lit sans souper. Mon estomac gargouille, je n’arrive pas à m’endormir. Tout à coup, la porte de la chambre s’ouvre, il fait nuit, je ne reconnais pas la silhouette qui s’avance. J’ai peur, je fais semblant de dormir, puis je reconnais son parfum « Maman ! » dis-je dans un souffle. Maman me répond tout bas « Chut, pas de bruit sinon on va nous entendre. Je t’ai apporté un morceau de pain, mange ! ».

Je suis assise par terre, devant l’armoire de la salle à manger. J’ouvre une porte et par jeu, je sors une assiette. Ma grand-mère arrive et sans dire un mot, par derrière, elle me frappe vicieusement sur la barrette qui retient ma mèche de cheveux. Comme maman est là, j’en profite et je laisse déborder toutes les larmes que je retiens depuis si longtemps, je suis inconsolable… Maman me prend dans ses bras, me câline et me berce. Ma grand-mère renifle avec mépris en disant « Ses larmes ne sont pas d’or ! », et maman lui répond « Si, pour moi, elles sont d’or ! ».

Je suis punie, privée de repas, je dois rester assise dans le couloir, sur le carrelage. J’entends des bruits de casseroles, d’assiettes et de couverts, de bonnes odeurs me font venir l’eau à la bouche, j’ai faim. La porte de la salle à manger s’ouvre et je vois s’avancer Madeleine. Elle porte un plateau à ma tante qui est malade. Elle passe devant moi sans un regard et prend les escaliers. Quelques minutes plus tard, Joëlle, ma cousine, sort et se dirige vers le garage. Elle aussi passe devant moi comme si je n’étais pas là. Quand je suis en punition dans le couloir, personne n’a le droit de me regarder ni de me parler. C’est comme si j’étais devenue invisible. Je me sens rejetée, insignifiante…

Je pense souvent à papa. Je me souviens quand nous partions ensemble le samedi soir, après son travail, faire du camping. Il montait la tente au bord du lac et allumait un feu de bois, puis il faisait griller des saucisses que nous mangions avec les doigts en riant, alors que la graisse coulait sur nos mains et nos bras. Quand la nuit tombait, il me disait le nom des étoiles. Puis nous dormions, serrés l’un contre l’autre. Le matin, il me faisait chauffer du lait, puis il m’apprenait à nager. Quand j’étais fatiguée, nous faisions du cayak, ou bien il montait sa canne à pêche, la lançait, et tous les deux, en silence, nous guettions le bouchon, bondissant de joie quand il s’enfonçait enfin. Vers midi, on rentrait avec notre pêche que mes grands-parents cuisinaient… C’est si loin tout ça, si loin ! J’ai l’impression que ça s’est passé dans une autre vie. Pourquoi m’a-t-il abandonnée à cette femme ?

Cela fait maintenant trois ans que je suis arrivée dans cette maison. Les jours s’enchaînent et se répètent, différents mais pourtant toujours semblables. Je me laisse couler dans un puits sans fond... Les absences de Maman sont de plus en plus longues, et je n’ai plus envie de lutter, d’ailleurs maintenant, je mange avec ma main droite sans discuter, sans même me souvenir quand ni comment j’ai cédé. J’accepte tout avec fatalisme, après tout, peut-être que je le mérite ? Papa m’a laissée, maman ne vient plus me voir, c’est sans doute qu’ils ne m’aiment plus, alors peut-être que ma grand-mère a raison, si je ne vaux rien, pourquoi m’aimeront-on, pourquoi voudrait-on de moi ?

Et puis un jour, c’est l’effervescence. Ma cousine Joëlle reçoit son fiancé, Pierre. Il vient passer quelques jour à la maison pour faire connaissance avec la famille. Tout le monde s’affaire, on fait le ménage à fond, puis le grand jour arrive. Une petite voiture de sport rouge se gare devant la porte, un homme en sort et Joëlle se précipite dans ses bras. De l’autre côté de la voiture se tient un autre homme, grand et mince, aussi blond que le premier est brun. Il salue ma cousine, elle les fait entrer, les présente. L’ami de Pierre s’appelle Alain. Je me tiens dans un coin de la salle, entre un petit meuble et le mur, c’est ma place préférée, stratégique, de là, je peux tout voir sans qu’on me remarque et puis je suis moins à découvert si jamais ma grand-mère est en colère. Tout le monde bavarde, rit, et j’envie ma cousine si jolie, si à l’aise, si sûre d’elle. Elle fait asseoir ses invités autour de la table, et à ce moment-là, Alain se retrouve en face de moi et me remarque. « Oh, mais on dirait qu’il y a une petite souris, là-bas ! » dit-il en souriant. Toute la famille se retourne, je rougis comme une pivoine… Joëlle explique « C’est ma cousine Françoise, elle a huit ans », puis « Vient donc dire bonjour, toi, au lieu de rester dans ton coin ! » me lance-t-elle. Je regarde ma grand-mère, vêtue de son éternelle robe noire qui lui donne l’air d’une mante religieuse. Son visage et ses yeux me menacent, je n’ose pas bouger. Alain s’approche de moi, se penche, me sourit, et soudain, je ne vois plus que ce visage, ce sourire, ce regard plein de douceur. Il tend la main, me caresse la joue, je suis soudain transportée, comme dans un rêve.

Au fil des jours, gentiment mais fermement et toujours en souriant, Alain prit ma défense et affronta ma grand-mère. Éberluée, j’assistai à ce miracle : ma grand-mère cédait devant lui, elle que jamais personne ne faisait plier ! Elle n’était donc pas toute puissante ? Il devint mon héros, mon chevalier, Saint-Michel terrassant le dragon… Il m’aidait à faire mes devoirs, me racontait ses aventures de petit garçon, m’emmenait marcher dans la campagne, me consolait quand j’avais de la peine… Pendant ce temps, ma cousine filait le parfait amour avec l’élu de son cœur. Ce fut la plus belle semaine de ma vie.

Un an plus tard ma grand-mère mourut et maman me prit enfin avec elle. Le fiancé de ma cousine se tua dans un accident de voiture, et je ne revis jamais Alain. Pourtant il continue de briller dans mon cœur et ma mémoire comme une étoile dans la nuit, comme cette étoile dont me parlait mon père, l’étoile du berger, qui éclaire notre route et nous guide. Ce qu’Alain m’a donné pendant cette semaine de mon enfance est inestimable. En s’intéressant à moi, il me fit exister. Par son attitude, il me montra que je n’étais pas sans valeur, contrairement à ce que disait ma grand-mère, et que je pouvais être aimée. Il me donna confiance en moi, en la vie, en les autres. Mieux encore, grâce à lui, je compris que rien n’est jamais désespéré et qu’il y a toujours une lumière au bout du tunnel.

Leirisanne

 

Posté par Leirisanne à 13:30 - Ecrits divers - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 août 2008

Dépression et suicide

Je ne sais pas si tous les gens qui se suicident, ou sont tentés de le faire, sont malades de dépression, j'aurais tendance à dire que oui, le suicidaire est sans doute un dépressif qui se cache, même s'il ne le sait pas lui-même. En tout cas, quand un malade de dépression tente de se suicider, on entend souvent les gens de son entourage dire : "Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi a-t-il fait ça ?" et aussi "Comment a-t-il eu le courage de faire ça ?".

Il n'y a pas de "raison", aucun "évènement" n'est directement responsable d'un suicide, rien ni personne n'a poussé le dépressif à se suicider. Le seul responsable, c'est la maladie.

Et il ne s'agit pas de courage. Ni de lâcheté non plus d'ailleurs. C'est beaucoup plus simple.

La dépression, c'est comme un petit muret au bord d'une route de montagne. D'un côté du muret, il y a la route - et la vie. De l'autre côté il y a le vide - et la mort. Et le dépressif marche sur le muret. Et à tout instant il peut basculer, d'un côté ou de l'autre.

Il marche sur ce muret avec des chaussures de plomb. Toute son énergie lui sert à soulever le pied gauche pour l'amener devant le droit, puis à soulever le pied droit pour l'amener devant le gauche. Rien d'autre n'a d'importance. Il ne peut pas penser à sa famille, au travail, plus rien n'a d'intérêt, plus rien ne compte hormis mettre un pied devant l'autre. Et cette action seule est harassante, épuisante. Alors parfois, il pense "A quoi bon ?" "A quoi ça sert ?". Au fond de lui il crie "libérez-moi" à un Dieu auquel il ne croit pas, ou plus, de toute façon, il n'a même plus l'énergie de croire à quelque chose. Se libérer, c'est tout ce qui compte. Et quand ces pensées lui viennent, c'est là qu'il peut basculer du côté du vide. Si, à ce moment-là, il voit le pistolet sur la commode, ou le tube de barbiturique sur la table de cuisine, et bien... Il se libère.

C'est aussi simple que ça.

Posté par Leirisanne à 09:47 - Ecrits divers - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 septembre 2007

Chevage

Au Moyen-Age, on appelait "chevage" une redevance particulière payée par les serfs au seigneur. D'un montant peu élevé, le chevage était considéré comme la preuve principale du "servage", et donc tenu pour très humiliant.

Serf : paysan appartenant à un seigneur dont il cultivait la terre. A la différence de l'esclave, le serf pouvait posséder des biens (mais ses enfants n'en héritaient pas, les biens revenaient au seigneur). Son maître lui devait protection, mais il ne pouvait pas quitter sa terre, ni devenir prêtre, ni se marier sans l'accord du seigneur, ni témoigner contre un homme libre. Il était soumis à des taxes ou contraintes particulières (tailles, corvées, mainmorte, formariage, chevage...), ce qui donna lieu à l'expression "taillable et corvéable à merci". Ses enfants étaient eux aussi des serfs, le servage étant héréditaire. Le servage fut définitivement aboli à la Révolution, en 1789.

Posté par Leirisanne à 11:53 - Histoire, grande et petite - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Que voyez vous ?

"Billes" - Stéréogramme de Gary Priester

Un stéréogramme est une représentation en 3D contenant une image dissimulée. Pour trouver cette image, La meilleure méthode consiste à placer son visage le plus près possible, de telle façon que les yeux ne puissent plus faire le point et qu'ils se mettent alors à regarder dans le vide. Il faut ensuite se reculer doucement, en prenant soin de garder cette vision "dans le vide".

st_r_ogramme32744billes

Ce qu'il fallait voir :

...

...

...

...

...

...

...

st_r_ogramme_billes

Posté par Leirisanne à 11:42 - Illusions d'optique - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



Page suivante »