Rappelons-nous le complexe dOedipe classique :

- le garçon désire l'amour exclusif et total de sa mère; de ce fait, il cherche à "éliminer" son père, qui est son rival dans cet amour. Il tente d'éliminer son père en devenant plus fort que lui, plus beau que lui;  mais également en s'identifiant à son père, en devenant une "copie" de son père, forcément plus jeune et donc capable, croit-il, d'attirer davantage l'amour de sa mère.

- la fille désire être la seule à être "remarquée " par son père, la seule à en être aimée. Sa rivale - sa mère - doit donc être éliminée. La fille essaye d'être plus jolie, plus attirante que sa mère. Elle fait tout pour être remarquée par son père (vêtements, maquillage, etc.). Ou bien elle s'identifie à son père, en essayant de l'imiter, ou de le battre sur son terrain. Elle devient un "garçon manqué", avec le grand risque de devenir une "fille manquée".

Voilà donc pour le classique. Mais que se passe-t-il foncièrement, et qu'il est indispensable de bien comprendre si l'on veut interpréter les rêves où apparaissent des situations oedipiennes avec tous les symboles qui en dérivent ?

Rappelons-nous que le besoin essentiel - qui prime tous les autres - d'un être humain est de se sentir "relié" à tout ce qui l'entoure. Sa démarche permanente est de retrouver la sensation d'être "fondu" dans l'univers. Pour cette recherche "religieuse" (de religare = relier), la situation oedipienne est idéale, surtout chez le garçon. Imaginons qu'il ait sa mère à sa disposition plénière et sans condition aucune. Imaginons qu'il soit le seul au monde à être aimé de sa mère, et de façon absolue. Donc qu'il n'y ait aucun autre "garçon" dans son chemin, en l'occurence son père. Ce serait alors la fusion totale, non pas avec sa mère, mais avec ce que représente une mère symboliquement, c'est-à-dire, l'accueil absolu, la sécurité totale, et la sensation de "participer" à la femme, symbole de la vie.

Ce serait ainsi le "paradis". Et l'on comprend que ce paradis devienne rapidement un paradis perdu, à cause des tabous qui couvrent toute union absolue, même affective, avec une mère. Mais les paradis perdus engendrent toujours d'intenses nostalgies, non pas ici de "sa" mère, mais de la "reliance" universelle qu'elle représentait. Et l'on peut dire qu'un "complexe dOedipe", dans cette acception, n'est jamais résolu.

Plus quotidiennement. le complexe se "résoud" plus ou moins. Toujours le garçon (puis l'homme) conservera cette nostalgie d'un infini manqué. Mais l'existence le poussera à devenir "un homme", à connaître "des femmes" ; bref, à réaliser le chemin qui lui est traditionnellement imparti.

Cependant, si l'homme reste trop attaché à sa mère, ou à son symbole, il demeurera un "petit garçon". Il idéalisera la femme et rêvera d'amours platoniques et grandioses. Il fera tout pour ne pas déplaire, à moins qu'il ne devienne très agressif. Il cherchera à charmer et à séduire, non pour aimer une femme, mais pour être aimé d'elle. Il est inutile de dire que son "Anima" se mettra à brimbaler, avec les situations et les rêves négatifs qui en dépendent (voir l'article sur l'Anima).

Le complexe d'Oedipe non-résolu se traduira par des rêves où apparaîtront des femmes idéales et inaccessibles, où se montreront de grandes amours maudites, où les hommes seront ressentis comme castrateurs et dangereux, etc.

Pierre Daco "L'interprétation des rêves"