Technique face aux personnes toxiques : La furie
On nous a toujours enseigné qu'il fallait bien nous comporter, ne jamais nous mettre en colère, crier, sortir de nos gonds. Balivernes !
Parfois, il faut crier, car c'est la seule façon de se faire entendre. Parfois, on est si furieux que le seul moyen de laisser sortir de la vapeur pour ne pas éclater consiste à crier et à passer un savon à quelqu'un. Parfois, on fait usage de jurons ou de grossièretés pour apaiser sa colère.
Même si je vous déconseille d'y recourir trop souvent, il vous faut parfois user de jurons pour vous faire comprendre. Quoique socialement inacceptables, ces paroles pourraient bien être les seules que les personnes toxiques saisiront quand vous les leur assènerez pour qu'elles vous écoutent.
À Wimbledon, le champion de tennis américain Pete Sampras s'est servi de la technique de la furie pour relâcher sa colère contre les admirateurs de son adversaire au cours d'un match contre un joueur britannique. Chaque fois que Sampras marquait un point, des partisans de l'Anglais le huaient. Dès qu'il est devenu évident qu'il remporterait le match, Sampras s'est tourné vers la foule et, le plus fort et le plus furieusement possible, a crié : « Voilà ! Bande de connards ! ». Beaucoup d'Américains ont été fiers de voir ce jeune homme se défendre contre les Britanniques, eux qui s'enorgueillissent de leur politesse, de leurs bonnes manières et de leur classe.
Dans un autre cas de mise en application de cette technique, l'une de mes clientes a pu soulager la douleur intérieure dont elle souffrait depuis des années. Sandra, 40 ans, était hantée par un incident qu'elle avait vécu quand elle était une jeune fille innocente de 18 ans. Technicienne dentaire, elle administrait le protoxyde d'azote aux patients pour les endormir. Un jour, le dentiste lui a dit qu'il souhaitait lui en administrer à elle, pour qu'elle sache ce que c'était et qu'elle soit de ce fait "plus compréhensive avec les patients". Elle a accepté. À mesure que le dentiste augmentait la concentration du gaz, Sandra riait et se sentait légère et libre comme un oiseau. Le dentiste a eu tôt fait de
lui enlever sa culotte et de la violer dans le fauteuil. Sandra était en état de choc. Le dentiste a refermé le robinet de gaz, et eIle a couru aux toilettes pour vomir. Par la suite, le dentiste s'est comporté comme si de rien n'était et lui a dit de nettoyer tout le matériel, de laver le petit crachoir, puis d'aller le rejoindre dans son bureau. Encore engourdie, Sandra s'est exécutée ; quand elle est allée voir le dentiste, il l'a congédiée sur-le-champ.
Pendant des années, le souvenir de cet incident l'a torturée, mais elle avait trop honte pour en parler à qui que ce soit. Elle a fini par le refouler comme si rien ne s'était jamais produit jusqu'au jour où elle a vu à la télévision un reportage dans lequel un journaliste avait filmé avec une caméra cachée un dentiste en train de caresser une patiente. Au moment où le reporter a demandé aux téléspectatrices : « Se pourrait-il que votre dentiste vous fasse la même chose quand vous êtes endormies ? », le mauvais souvenir de Sandra est remonté à la surface. Elle s'est soudainement sentie non seulement dégoûtée, mais enragée. Elle avait envie de se rendre chez son ancien employeur et de le frapper. Les poursuites judiciaires étaient hors de question, car elle ne voulait pas que son mari, ses enfants et elle-même aient à traverser une telle épreuve. Elle savait qu'il lui fallait affronter directement son agresseur. Elle a donc pris rendez-vous avec lui en utilisant le nom de son mari.
Quand la technicienne l'a conduite dans le cabinet du dentiste, Sandra lui a dit qu'elle avait un problème dentaire gênant dont elle ne voulait pas parler devant quiconque sauf le dentiste. Comme son coeur voulait sortir de sa poitrine, elle s'est servie de la technique de l'expiration de la tension pour se contrôler jusqu'à l'arrivée du dentiste. Même s'il avait vieilli, elle l'a reconnu immédiatement. « Vous souvenez-vous de moi ? » lui a-t-elle demandé. Il lui a répondu que non. « J'étais votre assistante il y a 22 ans. C'est moi que vous avez violée dans ce fauteuil, après m'avoir donné du protoxyde d'azote ». Le dentiste, ébranlé est devenu pâle comme un drap. Sandra s'est levée et s'est mise devant la porte pour l'empêcher de sortir : « Vous m'avez humiliée en me faisant nettoyer les déchets de votre cabinet pour ensuite me congédier ». Sandra a alors saisi le contenant de déchets dentaires et le lui a lancé en plein visage en criant : « À votre tour, violeur, de nettoyer les déchets ! ». Ensuite, elle est sortie. Sur le chemin du retour, elle a ri à gorge déployée en pensant à cet homme minable qui avait tremblé devant elle et qui perdrait sans doute le sommeil à se demander si elle le poursuivrait devant les tribunaux. La technique de la furie était exactement le remède dont Sandra avait besoin pour assouvir son sentiment de rage et de haine envers son agresseur.
Avec cette technique, vous vous donnez la permission de rugir comme un tigre, de contorsionner votre visage et de gonfler les veines de votre cou pour dissiper votre colère. Vous pouvez crier, jurer, blasphémer. Vous vous donnez le droit de dire ce que vous voulez, d'aboyer, mais jamais de mordre. Vous pouvez frapper fort verbalement, mais jamais physiquement. Toute violence physique est absolument exclue.
Lilian Glass