08 février 2007
Le chiffre vingt-quatre (24)
La Bible connait 24 classes de prêtres, 24 classes de chantres, les 24 vieillards de l'Apocalypse vêtus de robes blanches, avec des couronnes d'or sur leur tête, 24 sièges, un pour chacun d'eux autour du trône de Dieu. Les figures symboliques des 24 vieillards, selon H.M. Féret commentant l'Apocalypse, désignent le déroulement du temps, moins d'ailleurs du temps astronomique que de l'histoire humaine... s'ils sont vêtus de blanc et couronnés d'or, c'est qu'après avoir participé à la grande lutte de la vérité dans l'histoire, ils partagent maintenant sa victoire. Ces vieillards exercent un rôle sacerdotal et royal : ils louent et adorent Dieu, ils lui offrent les prières des fidèles ; ils l'assistent dans le gouvernement du monde (trônes) et participent à son pouvoir royal (couronnes).
Ce nombre de 24 semble indiquer la double harmonie du ciel et de la terre (12 x 2), la double plénitude sacrée du pèlerinage temporel et de la vie éternelle. On a vu que 12 était le nombre sacré du peuple élu (les 12 tribus d'Israël; les 12 apôtres du Christ) ; on peut concevoir comme un dédoublement de leur rôle sacerdotal et royal, l'un par rapport aux hommes, l'autre par rapport à Dieu, manifesté par une duplication des personnes: 24. C'est multiplier, ou mieux intensifier, le caractère sacré des officiants.
Par une autre voie, le Dr Allendy découvre aussi dans le nombre 24 le symbolisme d'un équilibre harmonieux. Ici, écrit-il, le mécanisme cyclique de la nature (4) est lié à la différenciation cosmique (20) dans l'équilibre harmonieux de la création (2 + 4 = 6). Ce nombre exprime le rapport des cycles permanents avec les nécessités karmiques
(24 = 4 x 6), c'est la roue des renaissances (à 24 rayons)... Les Chaldéens distinguaient en dehors du cercle zodiacal, 24 étoiles, dont 12 australes et 12 boréales et ils les appelaient Juges de l'univers. Il cite enfin Warrain, apercevant dans ce nombre
la combinaison de l'individualité consciente et maîtresse de toutes ses énergies avec le Cosmos développant son harmonie complète.
Le nombre 24 est fréquent dans les contes de fées orientaux et occidentaux. Il y représente l'ensemble des forces humaines et la somme des substances originelles. Il se divise en cinq éléments, cinq sens, cinq organes d'action, les cinq objets connus par ces organes d'action, auxquels s'ajoutent le Mental, l'Intellectuel, l'Individualité et la Prakriti originelle (matière originelle précosmique).
Le chiffre vingt-deux (22)
Ce nombre symboliserait la manifestation de l'être dans sa diversité et dans son histoire... c'est-à-dire dans l'espace et dans le temps.
Il totalise en effet les 22 lettres qui, selon la Kabbale, expriment l'univers : trois lettres fondamentales, les équivalents de l'Alpha, de l'Oméga et du M, qui sont les figures archétypales ; sept lettres doubles, correspondant au monde intelligible intermédiaire ; douze lettres simples correspondant au monde sensible. Il s'agit, bien entendu, dans cette doctrine, des lettres hébraïques mais elles ont leurs analogues dans le hiératique égyptien, le phénicien, l'éthiopien, etc.
Mais, c'est aux anciens Parsis que remonterait cette interprétation de 22 comme symbole de toutes les formes naturelles et de toute l'histoire de la créature. L'Avesta était composé de livres en 22 chapitres, le recueil des prières de 22 prières.
L'Apocalypse attribuée à saint Jean compte aussi 22 chapitres.
D'autre part, les arcanes majeurs du Tarot sont au nombre de 22.
Dans une tradition peule, 220 signifie très longtemps. Ce nombre aurait une signification secrète, d'ordre sacrificiel et initiatique.
Ce nombre joue un rôle important dans la pensée symbolique des Dogons et des Bambaras. Pour les Bambaras, dont toutes les connaissances mystiques sont recouvertes par le symbolisme des vingt-deux premiers nombres, 22 représente le total du temps écoulé, du début de la création à l'achèvement de l'organisation du monde. Il est la conclusion de l'oeuvre du créateur, le terme des paroles, le chiffre de l'Univers.
Le chiffre vingt-et-un (21)
Symbole de la maturité.
Dans la Bible, 21 est le chiffre de la perfection par excellence (3 x 7) ; c'est celui des 21 attributs de la Sagesse. Il symbolise la sagesse divine, miroir de la lumière éternelle... qui traverse et pénètre tout grâce à sa pureté. Le jeu symbolique du tarot montre bien la vertu totalisante de ce chiffre qui est celui de sa dernière lame numérotée, nommée LE MONDE et qui désigne l'accomplissement, la plénitude, le but atteint.
Du fait que l'ordre des chiffres est inversé dans 21 et 12, le Dr Allendy déduit une suite de symboles antithétiques : Avec le duodénaire (12), le principe de la différenciation (2) apparaît dans l'unité cosmique (1) pour l'organiser dans ses aspects variés et leurs rapports normaux, tandis que dans 21 nous voyons l'individualité (1) résulter de la différenciation cosmique (2), c'est-à-dire exactement l'inverse : avec 12 la dualité organise l'unité, avec 21, l'unité s'organise dans la dualité.
Une autre opposition intervient du fait des caractères pair et impair de ces nombres :
Douze est pair, c'est une situation équilibrée résultant de l'organisation harmonieuse des cycles perpétuels (3 x 4) ; 21 est impair : c'est l'effort dynamique de l'individualité qui s'élabore dans la lutte des contraires et embrasse la voie toujours nouvelle des cycles évolutifs (3 x 7).
De ces deux distinctions, il ressort que 21 symbolise la personne centrée sur l'objet, et non plus sur elle-même ou sur les figures parentales, comme dans les états infantiles. C'est l'individu autonome entre l'esprit pur et la matière négative ; c'est aussi sa libre activité entre le bien et le mal qui partagent l'univers, c'est donc le nombre de la responsabilité et, chose curieuse, chez l'homme, la 2lème année a été choisie par beaucoup de peuples comme l'âge de la majorité.
Le chiffre vingt (20)
Chez les anciens Mayas, le nombre vingt représentait le Dieu Solaire en tant qu'Homme Parfait, et leur Calendrier religieux comportait 18 mois (nombre lunaire) de vingt jours (nombre solaire). Toujours chez les Mayas, la sacralisation du chiffre 20, représentant un homme, ainsi que l'Unité Première, qui est la divinité agraire-solaire, entraine la sacralisation du nombre 400, soit 20 au carré. Pendant l'époque coloniale, nous signale R. Girard, l'unité de mesure agraire, représentant la parcelle plantée de maïs nécessaire à la subsistance d'une personne, était de 20 pieds au carré, soit 400 pieds ; l'année était corrélativement de 400 jours. Enfin les Héros Jumeaux, lors de l'ascension céleste, qui marque la fin de leur histoire, en même temps que l'instauration chez les Mayas de la civilisation agraire, sont accompagnes de 400 jeunes gens, qui deviendront étoiles près des luminaires formant la constellation des Pléiades. Ce chiffre de 400 est, pour les Mayas, le symbole de l'innombrable, de l'inexprimable.
Les Indiens Hopis de l'Arizona procèdent à l'imposition rituelle du nom le vingtième jour suivant la naissance de l'enfant. Les rites de purification et d'aspersion accompagnant cette cérémonie ont été précédés de rites similaires le premier, le cinquième, le dixième et le quinzième jour. L'enfant ne devient donc une personne, selon cette tradition, qu'après avoir quatre fois accompli le cycle de cinq jours, qui exprime cosmologiquement les quatre directions cardinales et le centre, lieu de la manifestation.
05 janvier 2007
Le chiffre dix-sept (17)
Dans la tradition islamique, le 17 est le nombre des rak'a (gestes liturgiques) qui composent les cinq prières quotidiennes. C'est aussi le nombre des mots qui composent l'appel à la prière.
Les mystiques Chi'istes accordent au nombre 17 une importance magique : il représente le nombre de ceux qui seront ressuscités, chacune de ces personnes devant recevoir une des 17 lettres de l'alphabet, dont se compose le nom suprême de Dieu.
L'arcane 17 du Tarot évoque la mutation, la renaissance et la libération karmique.
Selon le Livre de la Balance de Gâbir ibn Hayyân, alchimiste et soufî, la forme de toute chose au monde est 17. Ce nombre représente la base de la théorie de la Balance et doit être considéré comme le canon de l'équilibre de chaque chose.
Pour les Grecs anciens, 17 représente le nombre des consonnes de l'alphabet. Il se divise à son tour en 9 (nombre des consonnes muettes) et en 8 (nombre des semi-voyelles ou semi-consonnes). Ces nombres étaient étalement en rapport étroit avec la théorie musicale et l'harmonie des sphères. Le 17 est en relation avec le 72, le premier étant la somme et le second le produit de 9 et de 8. De plus, en faisant la somme des chiffres composant ces deux nombres, on obtient 8 pour 17 et 9 pour 72. Le rapport 9:8 revient continuellement dans les spéculations arithmologiques des Grecs anciens, que ce soit sur le plan grammatical, musical (où le rapport 9:8 est représenté par les cordes médianes de la lyre), métrique ou cosmologique.
Enfin, le nombre 17 aurait été considéré comme néfaste dans l'Antiquité romaine, parce que les lettres qui le composent, XVII, sont celles, changées d'ordre, du mot VIXI : "j'ai vécu".
Le chiffre seize (16)
Carré de quatre, le nombre 16 indique l'accomplissement de la puissance matérielle. Comme tel, il prend aussi une signification morale périlleuse, par une exaltation d'orgueil, une volonté de puissance non contrôlée : c'est l'abîme, opposé au Nirvana.
Si, d'autre part, on considère qu'il est le double de huit, il devient la multiplication pour l'être des cycles de vicissitude et de renaissance ou bien le redoublement de la huitième Séphire de la Kabbale : Hod, la splendeur, la gloire, ce qui n'est point non plus une situation de tout repos.
Le chiffre treize (13)
Dès l'Antiquité, le nombre 13 fut considéré comme de mauvais augure. Philippe de Macédoine, ayant ajouté sa statue à celle des Douze Dieux majeurs lors d'une procession, mourut assassiné peu après au théâtre. Au dernier repas du Christ avec ses apôtres, à la Cène, les convives étaient treize. La Kabbale dénombrait 13 esprits du mal. Le 13ème chapitre de l'Apocalypse est celui de l'Antéchrist et de la Bête.
Cependant, le treizième dans un groupe apparaît aussi dans l'Antiquité comme le plus puissant et le plus sublime. Tel est le cas de Zeus dans le cortège des douze dieux, au milieu desquels il siège ou s'avance, comme un treizième selon Platon et Ovide, distinct des autres par sa supériorité. Ulysse, le treizième de son groupe, échappe à l'appétit dévorant du Cyclope.
Dans l'arythmo-symbologie d'Allendy, ce nombre représente un principe d'activité 3 s'exerçant dans l'unité d'un tout 10 qui le contient et qui, en conséquence, le limite. Il correspondrait à un système organisé et dynamique, mais déterminé et particulier, non pas universel. Il serait en quelque sorte la clé d'un ensemble partiel et relatif. Aussi, R. Schwaller l'interprète comme la puissance génératrice, bonne ou mauvaise.
Par ses limites statiques et dynamiques, le 13 marque une évolution fatale vers la mort, vers l'achèvement d'une puissance puisque celle-ci est limitée : c'est l'effort périodiquement brisé. Au point de vue cosmique, l'initiative du 13 est plutôt mauvaise parce que l'action de la créature - non harmonisée avec la loi universelle - ne peut être qu'aveugle et insuffisante ; elle sert à l'évolution de l'individu, mais elle agite l'ordonnance du macrocosme et trouble son repos. C'est une unité secouant l'équilibre des rapports variés dans le monde (12+1).
Chez les Aztèques, c'est le chiffre des temps lui-même, celui qui représente l'achèvement de la série temporelle. Il est associé au chiffre 52, le siècle aztèque (13x4), la ligature des années pour la durée des soleils. Le premier et le quatrième soleils, qui ont duré 676 ans chacun, sont les plus parfaits, puisqu'ils ne contiennent que les deux nombres : 13x52 = 676. Treize jours c'est également la durée de la semaine Aztèque.
Le 13 est le chiffre sacré fondamental dans l'astronomie, le calendrier et la théologie des anciens Mexicains : les treize dieux et le dieu treize dans le Popol-Vuh ; le soleil au zénith et les douze étoiles ; les douze dieux des pluies, hypostases du treizième qui est aussi le premier. C'est dans ce sens qu'il faut interpréter la Mort, treizième arcane majeur du Tarot : elle ne signifie pas une fin, mais un recommencement après l'achèvement d'un cycle (13 = 12+1).
D'une façon générale, le nombre 13 correspond à un recommencement, avec cette nuance péjorative qu'il s'agirait moins de renaître que de refaire quelque chose. Il représenterait, par exemple, la perpétuelle remontée du rocher de Sisyphe ou le tonneau des Danaïdes, impossible à remplir.
Le chiffre douze (12)
Le 12 est le nombre des divisions spatio-temporelles. Il divise le ciel, considéré comme une coupole, en douze secteurs, les douze signes du Zodiaque, qui sont mentionnés dès la plus haute Antiquité. Les douze mois de l'année sont déterminés en Chine par les stations de l'empereur aux douze portes du Ming-t'ang. Douze divise l'année en douze mois et, chez les Chinois et les peuples d'Asie centrale, les périodes principales du temps en groupes de douze années. Le douze symbolise l'univers dans son déroulement cyclique spatio-temporel ainsi que dans sa complexité interne.
Ce nombre est d'une très grande richesse dans la symbolique chrétienne. La combinaison du quatre du monde spatial et du trois du temps sacré mesurant la création-recréation donne le chiffre douze (4x3) qui est celui du monde achevé. Dans un sens plus mystique, le trois est rapporté à la Trinité, le quatre à la création, mais le symbolisme du douze reste le même : un accomplissement du créé terrestre par assomption dans l'incréé divin.
Pour les écrivains bibliques, le 12 est le nombre du peuple de Dieu, de l'Eglise : Israël (Jacob) avait douze fils, ancêtres éponymes de douze tribus du peuple hébreu. L'arbre de vie portait 12 fruits, les prêtres 12 joyaux. Lorsque Jésus choisit douze disciples, il proclame ouvertement sa prétention d'élire, au nom de Dieu, un peuple nouveau. La Jérusalem céleste de l'Apocalypse a douze portes marquées du nom des tribus d'Israël et son rempart a douze assises au nom des douze apôtres. La femme de l'Apocalypse porte une couronne de douze étoiles sur la tête.
Paul Claudel a magnifié ce chiffre : "Cent quarante-quatre, c'est douze fois douze : douze qui est trois multiplié par quatre, le carré multiplié par le triangle. C'est la racine de la sphère, c'est le chiffre de la perfection. Douze fois douze, c'est la perfection multipliée par elle-même, la perfection au cube, la plénitude qui exclut toute autre chose qu'elle même, le paradis géométrique".
Pour les Dogons et les Bambaras du Mali, les principes contraires 4 et 3 (femelle et mâle) qui sont à la base de toute chose, peuvent s'associer de deux façons, l'une statique, l'autre dynamique, desquelles dépendent les valeurs du nombre 7 et du nombre 12. Si 7 (4+3) est le principe de l'homme et de l'univers, 12 (4x3) est le symbole du devenir humain et du développement perpétuel de l'univers.
La vibration sonore qui préside à la genèse selon la pensée africaine, en formant l'oeuf cosmique avant la séparation de la terre et du ciel et la naissance des Grands Démiurges organisateurs de la création, commence par définir les quatre points cardinaux : sur chacun elle exécute trois girations en spirale, c'est ainsi que le complexe espace-temps se définit à l'origine, par ce mariage du trois et du quatre qui donne le douze, nombre d'action.
En définitive, douze est toujours le nombre d'un accomplissement, d'un cycle achevé. Ainsi dans le Tarot, la lame du Pendu (XII) marque-t-elle la fin d'un cycle involutif, suivi par celle de la mort (XIII), qu'il faut prendre dans le sens de renaissance.
Le chiffre onze (11)
Ce nombre est particulièrement sacré dans les traditions ésotériques africaines. Il est mis en relation avec les mystères de la fécondité. La femme-mère a onze ouvertures, tandis que l'homme n'en a que neuf. Le sperme est censé mettre onze jours pour parvenir à destination et féconder l'ovule. L'enfant qui vient au monde recevra les onze forces divines par les onze ouvertures de la mère. Dans cette tradition, le 11 est pris dans un sens favorable, celui qui oriente vers l'idée de renouvellement des cycles vitaux et de communication des forces vitales.
Dans d'autres aires culturelles, il a un sens contraire. S'ajoutant à la plénitude du 10 qui symbolise un cycle complet, le 11 est le signe de l'excès, de la démesure, du débordement, dans quelque ordre que ce soit, incontinence, violence, outrance de jugement : ce nombre annonce un conflit virtuel. Son ambivalence réside en ceci que l'excès qu'il signifie peut être envisagé soit comme le début d'un renouvellement, soit comme une rupture et une détérioration du 10, une faille dans l'univers. Son action perturbatrice peut être conçue comme un dédoublement hypertrophique et déséquilibrant d'un des éléments constructifs de l'univers (10) : ce qui définit le désordre, la maladie, la faute.
D'une façon générale, ce nombre est celui de l'initiative individuelle, mais s'exerçant sans rapport avec l'harmonie cosmique, par conséquent d'un caractère défavorable. Ce caractère est confirmé par le total des deux chiffres qui le composent et qui donne comme résultat 2, c'est-à-dire le nombre néfaste de la lutte et de l'opposition. Onze serait alors le symbole de la lutte intérieure, de la dissonance, de la rébellion, de l'égarement, de la transgression de la loi, du péché humain, de la révolte des anges.
Le nombre onze tire aussi son symbolisme de la conjonction des nombres 5 et 6 qui sont le microcosme et le macrocosme ou le ciel et la terre. Onze est le nombre par lequel se constitue dans sa totalité la voie du ciel et de la terre. C'est le nombre du Tao.
Pour les Bambaras, le onze est un symbole de discussion et de conflit. La onzième étape de leur genèse est celle du soulèvement du dieu de l'air Teliko contre l'autorité de Faro, Dieu d'eau, organisateur du monde.
Le chiffre dix (10)
10 est le nombre de la Tetraktys pythagoricienne : la somme des quatre premier nombres (1+2+3+4). Il a le sens de la totalité, de l'achèvement, celui du retour à l'unité après le développement du cycle des neuf premiers nombres. La décade était, pour les Pythagoriciens, le plan sacré des nombres, le symbole de la création universelle, sur lequel ils prêtaient sermant, en l'évoquant sous cette forme : La Tétraktys en qui se trouvent la source et la racine de l'éternelle nature. Si tout dérive d'elle, tout remonte à elle, elle est donc aussi une image de la totalité en mouvement.
La Tétraktys forme un triangle de dix points disposés en pyramide de quatre étages : au sommet, un seul point symbolise le Un, ou le divin, principe de toute chose, l'être non encore manifesté. Au-dessous, l'origine de la manifestation est marquée par deux points symbolisant la première apparition, le dédoublement par couple ou dyade, le masculin et le féminin, Adam et Eve, le phallus et l'oeuf, la lumière et les ténèbres, le ciel et la terre, le yin et le yang, etc., bref, le dualisme interne de chaque être. Les trois points suivant correspondent aux trois niveaux du monde : infernal, terrestre, céleste, aux trois niveaux de la vie humaine : physique, psychique, spirituel. Enfin, la base de la pyramide, avec ses quatre points, symbolise la terre, la multiplicité de l'univers matériel, les quatre éléments, les quatre points cardinaux, les quatre saisons, etc. L'ensemble constitue la décade, ou la totalité de l'univers créé et incréé.
10 est la formule binaire correspondant au 2 dans les calculatrices électroniques, ce qui confirme son sens, à l'origine, du multiple et de la manifestation, ainsi que son rôle totalisateur. C'est d'ailleurs en tant que multiple ou double qu'il est connu en Chine. Tout en symbolisant un ensemble, dix connote donc son dualisme fondamental, principe du mouvement.
Il n'est pas surprenant, dans ces conditions, que dix puisse exprimer aussi bien la mort que la vie, leur alternance ou plutôt leur coexistence, étant liée à ce dualisme. C'est ainsi que le dixième jour, chez les Maya, est néfaste. Il appartient au dieu de la mort (Thoh). Il suit le neuvième jour qui est celui de la maladie.
En revanche, dix est le plus faste des nombres dans l'arthmétique des Bambaras : il est la somme des quatre premiers nombres marquant les quatre étapes de la création. Il est ausis la somme de 6 et de 4, tous les deux des nombres fastes et de signification fondamentale. Il est l'emblème de la fécondité, attribut du dieu d'eau Faro. Il est l'un des noms de ce dieu (Dieb).
Totalisateur aussi, le nombre dix apparaît dans le Décalogue qui symbolise l'ensemble de la loi en dix commandements qui ne font qu'un.