L'estime de soi peut se définir de bien des façons; elle consiste à s'aimer et se respecter soi-même, à se mettre à la première place et à répondre à ses propres besoins. Elle consiste à s'accorder la considération que l'on mérite, c'est-à-dire la plus haute. Il ne faut pas se contenter de s'aimer soi-même, il faut se comporter vis-à-vis de soi avec amour en toutes circonstances. La façon la plus simple et la meilleure de concevoir l'estime de soi, c'est d'imaginer que l'on aime profondément quelqu'un, que l'on a toujours le plus vif plaisir à rencontrer cette personne et à lui parler, que l'on ne souhaite rien autant que passer du temps avec elle, que l'on pense à elle avec tendresse et que l'on s'efforce de tout faire pour lui complaire. Cette personne bien-aimée est la plus importante du monde à nos yeux, et nous cherchons à tout faire pour qu'elle le sache. A présent, mettez-vous à la place de cette personne et agissez exactement de la même façon vis-à-vis de vous-même. Voilà ce qu'est l'estime de soi.

S'aimer, prendre soin de soi-même : c'est exactement le contraire de ce que l'on nous a appris à faire et à penser. On nous a appris à estimer les autres, ou des éléments extérieurs à nous; on nous a appris à mesurer notre valeur personnelle d'après ce que nous possédons ou d'après la façon dont on nous aime. C'est la définition même du moi faible : notre valeur dépend de facteurs extérieurs à nous-mêmes, d'éléments dont nous n'avons pas la maîtrise. Quand l'opinion que nous avons de nous-mêmes est fondée sur l'amour d'un tiers, sur notre emploi, sur notre salaire ou sur notre « réussite », nous sommes dans une situation à haut risque : nous nous exposons à de cuisants échecs. Tous les facteurs extérieurs à nous-mêmes sont éphémères et transitoires; ils ne sont pas « nous », nous n'avons aucune garantie de les conserver. Par conséquent, si nous confions à des variables externes les sentiments que nous éprouvons vis-à-vis de nous-mêmes, si nous éprouvons de l'estime pour nous-mêmes à condition d'être aimés ou de bénéficier d'une bonne situation, que va-t-il nous arriver si ces circonstances changent, si notre couple se défait ou que nous nous retrouvons au chômage? Notre estime de nous-mêmes s'évapore en même temps que les circonstances qui l'avaient générée. Nous nous sentons abandonnés, déprimés, dépouillés. Cela a beau être la façon « normale » de faire en Occident, c'est fou. Car tout change en permanence : pourquoi lier notre estime de nous-mêmes à des facteurs qui nous échappent ?

Rappel : les seules choses dont nous avons la maîtrise, ce sont la façon dont nous nous percevons nous-mêmes et nos actes découlant de ces sentiments. Si nous décidons de nous aimer et de nous traiter de façon attentionnée, si nous choisissons de cultiver l'estime de nous-mêmes, alors nous sommes maîtres de nous. Nous ne risquons pas de perdre notre estime de nous-mêmes.

Le test suprême de notre estime de nous-mêmes, c'est quand tout s'effondre, quand ce monde de fous s'écroule et que nous perdons toutes les choses auxquelles nous accordions de la valeur. Si nous persistons à nous aimer et à savoir que nous sommes aimés, c'est que nous possédons l'estime de nous-mêmes.

Pour cultiver l'estime de soi, il faut se traiter de la façon la plus douce, la plus attentive et la plus aimante au moment des souffrances ou des difficultés, tout comme l'on entourerait un ami qui traverse une mauvaise passe.

Susanna Mc Mahon