Il est parfois difficile de connaître les rêves des enfants, surtout des très jeunes. L'oubli vient rapidement. Il faudrait pouvoir « cueillir » le rêve au réveil ; la seule solution serait que l'enfant racontât spontanément son rêve à ses parents. Ce qui se passe d'ailleurs souvent. Aux parents alors de noter le rêve s'ils en ont le temps... et le courage.

Un seul rêve n'apporte généralement pas grand-chose; alors qu'une chaîne de rêves peut révéler des « communs dénominateurs » affectifs, permettant de détecter le comportement (positif et négatif) de l'enfant. Un rêve est bien ; une brochette de rêves est mieux. Ce n'est pas facile, convenons-en ! mais c'est rentable pour l'enfant.

Il ne faut surtout pas faire du « psychologisme » !

Notre époque est celle du tâtillonnisme psychologique ; on en arrive à une réductivité totale de l'être humain, au lieu de l'étendre vers des dimensions qui sont les siennes propres. Et finalement, un buisson rabougri cache la forêt.

Pour en revenir au sujet, il est assez difficile de demander à un jeune enfant d'« associer » des idées ou des images sur des éléments du rêve. Cependant, il arrive que des enfants, même très jeunes, partent à toute allure dans des associations excellentes. Tout dépend, et de leur imagination, et de leur spontanéité. Mais il faut alors une oreille « exercée » pour entendre ce qui doit être entendu. A moins qu'un enfant ne décrive des états affectifs dans lesquels on puisse détecter des boules d'angoisse. Car existe-t-il une seule enfance sans angoisse ?

Un exemple d'association inattendue

Thérèse, 11 ans, se réveillait presque chaque nuit en criant. Elle disait ne jamais rêver ; cependant, elle put raconter ceci :

- J'ai fait un rêve ! C'était une grande maison avec de grandes fenêtres. Les fenêtres étaient fermées. J'avais peur.

C'était tout. Cependant, de fil en aiguille, la fillette put dire :

- J'ai peur dans la rue, toujours peur des gens. J'ai envie de me cacher.

- Mais à quoi te fait penser cette maison ?

Car ma foi, cette maison ne présentait rien d'effrayant. Cependant, ces fenêtres fermées ?... Et il ne fut pas facile de connaître l'histoire de Thérèse, qui commença en disant :

- J'ai peur, j'ai toujours peur dans la rue. J'ai envie de me cacher.

Or, le couple parental semblait très uni et harmonieux. Alors ? De fil en aiguille toujours, la fillette déclara que la grande maison et les grandes fenêtres fermées lui faisaient penser à la prison où on l'enfermerait sans doute bientôt. Pourquoi ? Thérèse avait eu affaire (réellement ou non, comment le savoir ?) à un exhibitionniste, durant quelques secondes semble-t-il. La fillette n'en avait parlé à personne durant des mois ; mais la peur des hommes, de la rue et des gens s'était développée, en même temps qu'un sentiment de culpabilité. A l'entendre, elle finissait par croire que sa « coquetterie » avait poussé l'homme inconnu à cette manifestation d'exhibitionnisme...

Mais aurait-elle jamais dit quoi que ce soit, si un rêve banal n'avait servi à ce point de départ ?

 Pierre Daco "L'interprétation des rêves"