Dans son acception générale, la castration fait partie de chaque instant de la vie humaine. Est castration tout ce qui porte atteinte à la paix, à l'intégrité, au bonheur, à la liberté de l'être humain; que ce soit sur le plan physiologique ou sur le plan affectif.


La naissance, par exemple, est la première grande castration. L'être est « arraché» à la béatitude du ventre maternel pour se trouver projeté dans le bruit et la fureur. L'enfantement est, pour la mère également, une castration importante : ce qu'elle porte en elle, ce qui fait partie d'elle, lui est enlevé.


Ainsi, l'existence n'est qu'une longue chaîne de castrations diverses et plus ou moins importantes. Elles demeurent normales, par exemple lorsque l'éducation se fait harmonieusement. Mais la castration existe néanmoins, puisque l'enfant est « canalisé » par des impératifs venus de l'extérieur. Cependant, nombreuses sont les anormales ; il s'agit de toutes les « mutilations » de la personnalité physique ou affective.


Le sentiment de castration se présente souvent en rêve, généralement accompagné d'angoisse. On rêve qu'un membre est arraché, ou que les dents se déchaussent ou tombent. On rêve que l'on perd ses cheveux, qu'un pneu de voiture est crevé. On rêve qu'une balle de pistolet retombe mollement, à moins qu'une fusée ne s'écrase peu après son départ. Les examens sont fréquents dans les rêves, de même que les cours de justice. Des ballons ne quittent pas le sol ou se dégonflent, etc.


Un rêve d'examen (un homme)


- Je passais un examen d'entrée à l'Université. Les examinateurs étaient debout, avec toques et toges noires. Ostensiblement, l'un d'eux déchira mon diplôme


Les rêves d'examens sont, on le conçoit, très fréquents. L'examen marque le « passage » intérieur d'un point à un autre. Il peut signifier aussi un essai de changement d'état. Mais l'examen est, avant tout, une façon de « rendre des comptes », de prouver sa valeur et son droit à l'existence. Dans ce rêve, il y a « castration » ; le diplôme déchiré correspond à une mutilation de la personnalité à qui l'on dénie le droit (ou le pouvoir) d'accéder à l'avenir et au développement de soi. Mais qui est cet examinateur? De qui est-il la projection? Qui représente-t-il dans l'esprit du rêveur?

Un rêve de cheveux (une femme)


- Je me regardais dans un miroir; je m'apercevais que j'étais devenue totalement chauve. Réveillée, je me suis précipitée devant une glace pour vérifier tant ce rêve avait été puissant.


C'est, une fois encore, un type de rêve courant (il rejoint les rêves de chutes de dents). C'est un rêve classique de castration. Il s'agissait ici d'une jeune femme ; on pourrait, donc croire à sa peur de perdre sa beauté ou son pouvoir de séduction. Mais le rêve va plus loin. Les cheveux sont chargés d'un symbolisme universel : ils sont synonymes de force virile, de pouvoir actif. En tant qu'attributs sexuels secondaires, ils représentent, chez la femme, un puissant moyen d'attraction. Leur symbolisme est solaire. Ce rêve montre à quel point cette jeune femme craint de perdre son pouvoir, sa force créatrice, le dynamisme de sa jeunesse, etc. C'est, de plus, un rêve d'angoisse.


Un rêve de mutilation (une femme)


- Ce fut court, mais!... Je me trouvais je ne sais où; un énorme monstre arriva très vite et arracha le. bras droit de mon père... C'était affreux; je sentais mon propre bras droit arraché.


Laissons associer la rêveuse :


- Je n'ai jamais connu profondément mon père; ma mère prenait toute la place et faisait tout pour me dresser contre lui. Je ressens ce monstre comme étant ma mère... Une mère hargneuse, revendicatrice, toujours critique, jamais aimante. Elle a empêché mon père de vivre. Elle lui a arraché sa force, son pouvoir; elle l'a rendu inexistant. Moi, dans ce cas, comment aurais-je pu être guidée par mon père? Je ressens ce rêve comme étant très important! Une fille sans un père-guide est une femme qui tourne en rond. Mon bras droit, c'est sans doute mon dynamisme, ma créativité. Il faudra que j'essaye de renouer des liens avec mon père, malgré ma mère...


En effet, la mère est, dans ce rêve, le « monstre » qui dévore les personnalités, les empêche de s'épanouir librement. Le bras est, évidemment, un symbole « phallique ». Le bras représente la force, le pouvoir, la protection. C'est le bras qui frappe, qui porte le bâton ou le sceptre. On connaît le « bras de justice ». De plus, il s'agit du bras droit, celui qui (chez les droitiers) possède le plus de force. Dans ce rêve, le père est « castré ». Il est dépossédé de son pouvoir viril. Et ce rêve montre bien à quel point la fille est, en même temps, « coupée » de son pouvoir « masculin » : c'est-à-dire, de sa créativité, de ses pouvoirs dynamiques, de ses enthousiasmes, de son pouvoir « de frappe » envers la vie... En même temps, elle est coupée de son avenir, symbolisé par la droite.


Un autre rêve de mutilation (un homme) :


- J'arrivais au bureau. Je m'apercevais avec angoisse que j'avais le bras droit amputé. Je disais à mon chef : " ce n'est rien, donnez-moi à faire un travail de la main gauche mais gardez-moi ici !


 

Associations du rêveur :


- Mon chef? C'est mon père. Peur de mon père. Peur des hommes. Je joue à l'homme, mais au fond, je me soumets. Que puis-je faire sans mon bras droit? Inutilité. Mutilé. Foutu. Il est certain que mon père m'a castré. Ses principes ! Jamais pu me révolter. Mais vous voyez combien Je suis gentil?... Je vous en prie, je n'ai plus de bras

droit mais cela n'est rien, rien du tout, je m'arrangerai avec le peu qui me reste, voyons! gardez-moi tout de même tel que je suis, amen ! ne me chassez pas, mon bon Monsieur ! je ferai tout ce que vous voudrez, mais ne me chassez pas!'


Autres associations :


- Rien d'étonnant à ce que je me réfugie chez Maman ! Ou chez ma femme ! Je ferais n'importe quoi pour être aimé et rassuré ... Ne pas être chassé ... Tout, mais ne pas être chassé ... Le bureau, c'est ma famille, je m'y sens bien, je fais tout pour les autres, même des heures supplémentaires ...


 

Il est inutile d'ajouter un commentaire à ces associations. Nous trouvons à nouveau le bras « droit » castré : celui de la force, de la puissance virile. Il symbolise ici le phallus ; nous sommes dans le fameux complexe d'« Oedipe ».


Un rêve de dents (un homme).



Voici encore un type de rêve aussi fréquent que la pluie en automne, et que nous avons déjà amorcé.


- Toutes mes dents branlaient. Je les prenais une à une, et elles se détachaient facilement. Je me suis réveillé en me disant : « quel cauchemar ! ».


Les dents servent à mordre : à mordre la nourriture, à « arracher » (la viande de l'os, par exemple). Ne dit-on pas « mordre la vie à belles dents » ? Et aussi : « montrer les dents» ? Serrer les dents passe pour être un signe de puissance virile. Les dents font partie également de la séduction sexuelle (dents « éblouissantes ». morsures amoureuses, etc.).


Rêver de dents gâtées, arrachées, branlantes, est souvent le signe d'un sentiment d'impuissance (sexuelle, affective, professionnelle, etc.). Cet homme éprouve la sensation - ou la crainte - d'être diminué, amoindri, sans pouvoir.


Notons qu'il est fréquent qu'une femme, après un accouchement, rêve qu'elle perd ses dents. C'est compréhensible, puisque l'accouchement est une forme de «castration » comme nous le savons déjà (il y a "arrachement" et mutilation d'une partie du corps de la mère).


Un rêve de pneus (un homme)


- Je sortais de mon lieu de travail pour rentrer chez moi. Les quatre pneus de ma voiture étaient crevés. Je tentais de démarrer malgré tout, mais le moteur tournait sans que je puisse embrayer. Je me disais : « est-ce à cause des pneus » ? Je cherchais des yeux un garage ; je ne voyais que des gens allant et venant.


 

C'est un rêve de castration, d'impuissance, de diminution de soi. Cet homme se sent « dégonflé » pour affronter la vie. De plus, l'embrayage ne répond pas : il ne parvient pas à extérioriser ses forces potentielles. Notons que ces sentiments étaient inconscients; il se montrait efficace (et fort agité !), efficient (mais très angoissé !) dans la vie courante. Ce rêve lui révèle la façon dont il se « ressent » réellement. C'est un rêve de mise au point et d'avertissement.


Pierre Daco "L'interprétation des rêves"