04 août 2008
Dépression et suicide
Je ne sais pas si tous les gens qui se suicident, ou sont tentés de le faire, sont malades de dépression, j'aurais tendance à dire que oui, le suicidaire est sans doute un dépressif qui se cache, même s'il ne le sait pas lui-même. En tout cas, quand un malade de dépression tente de se suicider, on entend souvent les gens de son entourage dire : "Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi a-t-il fait ça ?" et aussi "Comment a-t-il eu le courage de faire ça ?".
Il n'y a pas de "raison", aucun "évènement" n'est directement responsable d'un suicide, rien ni personne n'a poussé le dépressif à se suicider. Le seul responsable, c'est la maladie.
Et il ne s'agit pas de courage. Ni de lâcheté non plus d'ailleurs. C'est beaucoup plus simple.
La dépression, c'est comme un petit muret au bord d'une route de montagne. D'un côté du muret, il y a la route - et la vie. De l'autre côté il y a le vide - et la mort. Et le dépressif marche sur le muret. Et à tout instant il peut basculer, d'un côté ou de l'autre.
Il marche sur ce muret avec des chaussures de plomb. Toute son énergie lui sert à soulever le pied gauche pour l'amener devant le droit, puis à soulever le pied droit pour l'amener devant le gauche. Rien d'autre n'a d'importance. Il ne peut pas penser à sa famille, au travail, plus rien n'a d'intérêt, plus rien ne compte hormis mettre un pied devant l'autre. Et cette action seule est harassante, épuisante. Alors parfois, il pense "A quoi bon ?" "A quoi ça sert ?". Au fond de lui il crie "libérez-moi" à un Dieu auquel il ne croit pas, ou plus, de toute façon, il n'a même plus l'énergie de croire à quelque chose. Se libérer, c'est tout ce qui compte. Et quand ces pensées lui viennent, c'est là qu'il peut basculer du côté du vide. Si, à ce moment-là, il voit le pistolet sur la commode, ou le tube de barbiturique sur la table de cuisine, et bien... Il se libère.
C'est aussi simple que ça.