Fugues

Pour fuir le quotidien quand il devient trop pesant...

04 août 2008

Dépression et suicide

Je ne sais pas si tous les gens qui se suicident, ou sont tentés de le faire, sont malades de dépression, j'aurais tendance à dire que oui, le suicidaire est sans doute un dépressif qui se cache, même s'il ne le sait pas lui-même. En tout cas, quand un malade de dépression tente de se suicider, on entend souvent les gens de son entourage dire : "Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi a-t-il fait ça ?" et aussi "Comment a-t-il eu le courage de faire ça ?".

Il n'y a pas de "raison", aucun "évènement" n'est directement responsable d'un suicide, rien ni personne n'a poussé le dépressif à se suicider. Le seul responsable, c'est la maladie.

Et il ne s'agit pas de courage. Ni de lâcheté non plus d'ailleurs. C'est beaucoup plus simple.

La dépression, c'est comme un petit muret au bord d'une route de montagne. D'un côté du muret, il y a la route - et la vie. De l'autre côté il y a le vide - et la mort. Et le dépressif marche sur le muret. Et à tout instant il peut basculer, d'un côté ou de l'autre.

Il marche sur ce muret avec des chaussures de plomb. Toute son énergie lui sert à soulever le pied gauche pour l'amener devant le droit, puis à soulever le pied droit pour l'amener devant le gauche. Rien d'autre n'a d'importance. Il ne peut pas penser à sa famille, au travail, plus rien n'a d'intérêt, plus rien ne compte hormis mettre un pied devant l'autre. Et cette action seule est harassante, épuisante. Alors parfois, il pense "A quoi bon ?" "A quoi ça sert ?". Au fond de lui il crie "libérez-moi" à un Dieu auquel il ne croit pas, ou plus, de toute façon, il n'a même plus l'énergie de croire à quelque chose. Se libérer, c'est tout ce qui compte. Et quand ces pensées lui viennent, c'est là qu'il peut basculer du côté du vide. Si, à ce moment-là, il voit le pistolet sur la commode, ou le tube de barbiturique sur la table de cuisine, et bien... Il se libère.

C'est aussi simple que ça.

Posté par Leirisanne à 09:47 - Ecrits divers - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Bonjour

Je parcours votre site et trouve des choses surprenantes et belles, comme vos photos commentées, c'est de la sensibilité à fleur de peau et ce dernier texte, effectivement cela parait simple mais que de violence dans ce "soulagement"!!!, j'ai perdu un ami proche il y a quatre ans et c'est tout a fait ce que j'ai dit pour expliquer son geste mais y a t il des mots pour expliquer cette douleur? lui n'en a pas eu et pourtant....

Posté par Sylvie, 21 août 2008 à 19:52

Merci, Sylvie.
Il y a peut-être des mots, mais ils sont si difficiles à dire, et quand on arrive à les dire, peu de gens les comprennent, même parmi nos proches.

Posté par Leirisanne, 21 août 2008 à 20:11

Surtout parmi nos proches !!!,comment pourraient- ils comprendre? car cela les concerne aussi, alors souvent une oreille inconnue est la meilleure.
alors parlez!!!

Posté par sylvie, 21 août 2008 à 20:52

Oui, c'est tout à fait vrai. D'ailleurs, dans ce but, j'ai créé un petit groupe de discussion, nous sommes une dizaine de femmes, on peut se parler sans crainte et échanger nos expériences... cela fait beaucoup de bien.

Posté par Leirisanne, 21 août 2008 à 21:04

J'ai également fait partie d'un groupe de parole dans une association et maintenant c'est moi qui écoute, je suis accompagnante bénévole auprès de personnes malades et de leurs proches, la parole et l'écoute aident à mieux se connaître.
Bonne chance à vous et merci pour votre site.

Posté par Sylvie, 21 août 2008 à 21:15

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